Lettre pour Cécile

 

Novembre 1999. Cécile a 24 ans, un diplôme d'ingénieur en poche, un métier intéressant à Paris dans lequel elle s'investit beaucoup. D'ailleurs, je l'ai toujours vue beaucoup s'investir. Dans les associations étudiantes, ses études, ses amitiés. 

Nous n'avons jamais été particulièrement proches... Elle était très bien élevée, très croyante et moi encore en rage. Mais j'appréciais son dynamisme, son sourire, sa bonne humeur continuelle, parfois agaçante ou contagieuse.

Un soir de novembre 1999, donc. Elle sort du travail tard, rentre en métro. J'ignore la ligne, l'heure exacte et qu'importe. Une dame âgée la trouve inconsciente. Des blessures sérieuses à la tête et au bras gauche. A demi-nue. Elle a été violée et frappée avec acharnement et force.

Elle va à l'hôpital, à la police, plusieurs fois. Elle leur répète jusqu'à la nausée les mêmes détails... insuffisants pourtant pour permettre l'arrestation des criminels. Elle reprends le travail quelques jours plus tard, masquant le drame par le récit d'un banal vol de sac à main. Elle travaille avec application et sérieux, ne dit rien à ses amis et parents, cachant à tous sa détresse et sa honte, sauf à une psychologue.

Noël arrive. Elle le passe en famille, cette famille dont elle est si proche, mais à qui elle n'ose dire sa blessure. Honte ? Pudeur ? Question d'éducation ? Peur d'assombrir ces jours de fête ?

Fin décembre 1999. Bientôt midi, Cécile n'est pas levée. On s'étonne. Sa mère monte la réveiller. En vain. Elle est déjà morte - cachets. La famille se retrouve face au vide, à l'incompréhension et à un dernier mot : "La médecine ne peut rien pour moi". Les parents assiègent la psychologue et comprennent enfin, quelques mois plus tard - quelques mois trop tard. Cécile avait 24 ans.

Hommage.

 

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Quand j'ai appris cette histoire, je pleurais et tremblais de rage encore plus que de tristesse. Cette histoire était tellement injuste ! Ebranlée, j'ai quitté le travail bien plus tôt que d'habitude, redoutant de prendre le métro seule. Finalement, je ne l'ai pas pris : le service sur ma ligne était interrompu. Incident voyageur grave. C'est-à-dire suicide. 
 

Charlottem

PS : J'ai changé le prénom, par respect pour la douleur de la famille.

Anne Sylvestre a écrit Douce maison.

Des chiffres? Allez voir les résultats de l'enquête sur les violences faites aux femmes et les chiffres du viol en France

 

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